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Nota – Le présent chapitre repose sur les données disponibles
au 22 janvier 2009, et
sauf indication contraire, les chiffres présentés correspondent à
des taux annuels.
Les perspectives économiques mondiales se sont nettement détériorées au cours des derniers mois. Cela est particulièrement évident aux États-Unis et dans d’autres économies industrialisées, mais on le constate aussi de plus en plus dans les économies de marché émergentes. Le ralentissement de la croissance mondiale a fait en sorte que le prix de nombreux produits de base provenant du Canada a continué à baisser. Par conséquent, les perspectives à court terme pour la production, l’emploi et les revenus au Canada sont moins encourageantes que celles parues dans l’Énoncé économique et financier du 27 novembre dernier.
Le présent chapitre passe en revue les principaux développements qui ont marqué l’économie mondiale et l’économie canadienne depuis le dépôt de l’Énoncé. Il décrit en outre les prévisions économiques qui servent de point de départ aux projections financières présentées au chapitre 4 et traite des risques et des sources d’incertitude associés aux perspectives économiques.
Étant donné l’incertitude qui entoure les perspectives économiques et le risque à la baisse que celles-ci comportent, le présent chapitre indique également que les hypothèses retenues aux fins de la planification budgétaire devraient être plus prudentes que le laissent entendre les prévisions moyennes produites par le secteur privé.
L’économie canadienne est confrontée à trois grands défis :
Tous ces défis découlent des changements survenus dans l’économie mondiale. Leurs répercussions négatives se sont intensifiées depuis le dépôt de l’Énoncé de novembre 2008.
Les marchés financiers mondiaux continuent de manifester une aversion marquée pour le risque. Par conséquent, les marchés du crédit restent sérieusement perturbés alors que les conditions du crédit demeurent resserrées en ce qui touche tant le coût que la disponibilité du crédit.
Le système financier canadien dispose de plus de moyens pour faire face à la difficile situation financière mondiale que les systèmes financiers de la plupart des autres pays. Le Canada jouit d’un secteur banquaire utilisant moins l’effet de levier et mieux capitalisé que ceux d’autres pays. Aussi les coûts d’emprunt de gros payés par les banques canadiennes ont-ils moins augmenté que pour les banques d’autres pays (graphique 2.1).
Néanmoins, ces coûts pour les banques restent élevés, ce qui touche une large gamme de taux d’emprunt applicables aux consommateurs et aux entreprises du Canada. Le fait que les coûts de financement des entreprises soient particulièrement élevés suscite de vives préoccupations. Les rendements des obligations des sociétés canadiennes demeurent nettement supérieurs à ce qu’ils étaient avant la crise, et ils ont encore augmenté après septembre 2008 (graphique 2.2). La hausse a été la plus forte dans le cas des obligations moins bien cotées, mais même le rendement des obligations cotées AAA a sensiblement augmenté.
Par ailleurs, au cours des derniers mois, l’accès des entreprises canadiennes aux marchés de capitaux s’est resserré sous l’effet de la crise financière mondiale. Les sondages auprès des responsables du crédit des banques à charte montrent également que les conditions d’emprunt autres que tarifaires pour les entreprises canadiennes ont connu un resserrement sans précédent, parallèlement à la hausse du coût d’emprunt (graphique 2.3).
La situation du crédit des consommateurs canadiens est légèrement meilleure. Le taux d’escompte, qui influence un large éventail de taux du crédit à la consommation, a reculé de 300 points de base depuis le début de 2008 (graphique 2.4). Au cours de cette période, le taux des hypothèques conventionnelles à un an a diminué de 245 points de base alors que celui des hypothèques à cinq ans a fléchi d’environ 160 points de base. Cependant, en raison des conditions qui prévalent sur les marchés financiers, la réduction des coûts d’emprunt pour les consommateurs par rapport à la forte baisse du taux directeur de la Banque du Canada a été quelque peu moins importante que lors de périodes antérieures d’assouplissement. En outre, l’accès des consommateurs au crédit sur certains segments du marché, notamment par l’entremise des sociétés de financement, a été restreint.
L’impact du resserrement des conditions du crédit pour les entreprises et les consommateurs a commencé à toucher l’économie intérieure du Canada. Cela s’intensifiera probablement au cours des prochains mois.
Le gouvernement et la Banque du Canada ont pris de nombreuses mesures pour aider à garantir la stabilité du système financier canadien et améliorer l’accès au crédit. Depuis septembre 2007, la Banque du Canada a baissé ses taux directeurs de 350 points de base. Au 22 janvier, elle avait également injecté 33 milliards de dollars de liquidités dans le système financier canadien. Pour sa part, depuis l’automne 2008, le gouvernement a mis en place divers programmes visant à atténuer les pressions sur les marchés financiers, dont un programme d’achat de blocs de prêts hypothécaires assurés à concurrence de 75 milliards de dollars canadiens auprès des institutions financières du pays par l’entremise de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, ainsi qu’un programme de garantie des emprunts des banques par le biais de la Facilité canadienne d’assurance aux prêteurs. À la fin de l’an dernier, le gouvernement a approuvé une hausse de 2 milliards de dollars du pouvoir d’emprunt d’Exportation et développement Canada et une hausse de 1,8 milliard de celui de la Banque de développement du Canada, pour leur permettre d’offrir davantage de prêts à leurs clients. Cela s’ajoute aux capitaux de 350 millions versés à chacune de ces sociétés d’État financières pour appuyer une hausse additionnelle de 3 milliards des prêts qu’elles accordent.
Les perturbations des marchés financiers mondiaux, jumelées à la baisse des prix des produits de base et à l’assombrissement des perspectives de l’économie mondiale, ont contribué à une contraction de quelque 40 % des marchés boursiers du Canada depuis le milieu de 2008. Par suite de la dégringolade des cours boursiers, la valeur nette des ménages canadiens a diminué de 3,2 % au troisième trimestre, et il est probable qu’on observera aussi un important repli au quatrième trimestre. Ce recul est cependant beaucoup moins prononcé que celui survenu aux États-Unis, où l’effet conjugué d’une baisse marquée des prix du logement et du fléchissement des valeurs boursières a considérablement diminué la valeur nette des ménages (graphique 2.5).
La chute de la valeur nette des ménages devrait exercer une pression à la baisse sur les dépenses de consommation au cours de la prochaine année, mais il est difficile d’en prévoir l’ampleur avec exactitude. L’ampleur de la baisse sera fonction du lien entre la hausse de valeur des avoirs des particuliers enregistrée au cours des années précédentes et les habitudes de consommation de ceux-ci, ainsi que de leur perception à l’égard du caractère permanent ou temporaire des pertes de valeur enregistrées récemment. Cette dynamique sera atténuée par le faible coût de financement des dettes en proportion du revenu disponible et par le fait que ce coût devrait continuer à baisser, compte tenu des réductions récentes des taux d’intérêt.
La détérioration marquée de la conjoncture économique survenue au cours des derniers mois aux États-Unis signale un ralentissement plus accentué et prolongé que prévu auparavant. Les économistes du secteur privé s’attendent maintenant à ce que l’actuelle chute de production soit d’ampleur similaire à celle observée pendant la récession de 1981-1982.
La récession américaine actuelle, qui a débuté en janvier 2008, a été masquée pendant quelque temps par une forte augmentation des exportations du pays et par l’accroissement des dépenses de consommation résultant de l’Economic Stimulus Act de 2008. Toutefois, depuis juin 2008, l’effet des remboursements d’impôt temporaires accordés s’est estompé et les consommateurs ont grandement réduit leurs dépenses (graphique 2.6). La production a diminué de 0,5 % au troisième trimestre de 2008. Les données récentes donnent à croire que la contraction de l’économie s’est intensifiée au quatrième trimestre. En fait, les prévisionnistes du secteur privé estiment actuellement que la production s’est contractée de 5 % à un taux annuel. Les pertes d’emplois se sont accélérées, atteignant près de 2,6 millions pour l’ensemble de l’année 2008, tandis que le taux de chômage a atteint 7,2 %, son sommet des 16 dernières années (graphique 2.7). La détérioration des perspectives d’emploi et le resserrement des conditions du crédit ont entraîné de nouvelles réductions importantes des dépenses discrétionnaires, comme en témoigne le niveau de ventes d’automobiles le plus faible depuis le début des années 1980. L’activité manufacturière a considérablement diminué alors que le secteur des exportations, qui soutenait l’économie américaine depuis le début de 2007, perd maintenant de la vigueur en raison du ralentissement de l’économie mondiale et de l’appréciation du dollar américain depuis août 2008.
Le nombre de mises en chantier résidentielles et de permis de construire n’a jamais été aussi bas aux États-Unis, tandis que les ventes et les prix des logements continuent de baisser (graphique 2.8). Les pertes financières liées au logement ont entraîné un nouveau resserrement des normes de crédit, et les taux de défaut de paiement et de forclusion liés aux hypothèques résidentielles ont atteint de nouveaux sommets (graphique 2.9).
En réaction à l’assombrissement des perspectives et aux tensions qui pèsent sur les marchés financiers, la Réserve fédérale des États-Unis a abaissé le taux cible des fonds fédéraux le 16 décembre, le faisant passer de 1 % à une fourchette comprise entre 0 et 0,25 %. Elle a amputé son principal taux directeur de 500 points de base depuis septembre 2007, et elle a indiqué que la mauvaise conjoncture économique justifiera probablement le maintien du taux cible à des niveaux exceptionnellement bas pendant un certain temps. En outre, la Réserve fédérale a signalé qu’elle utilisera tous les outils à sa disposition afin de promouvoir la reprise d’une croissance économique durable et de préserver la stabilité des prix.
Sur le plan financier, l’American Recovery and Reinvestment Bill of 2009, qui prévoit des stimulants financiers de l’ordre de 825 milliards de dollars américains, a été présenté à la Chambre des représentants des États-Unis le 15 janvier 2009 et est à l’étude par le Congrès. Le projet de loi prévoit des dépenses d’infrastructure, des réductions d’impôt pour les ménages à revenu faible ou moyen, des réductions d’impôt pour les entreprises dans le but de stimuler l’investissement, ainsi que des transferts additionnels aux administrations des États.
En raison des nouveaux facteurs susmentionnés, les perspectives à court terme du secteur privé pour la croissance du PIB réel aux États-Unis ont été sensiblement réduites depuis la publication de l’Énoncé économique et financier. Selon les plus récentes projections des prévisionnistes du secteur privé interrogés par le ministère des Finances, le PIB réel des États-Unis devrait reculer de 1,8 % en 2009 pour ensuite augmenter de 2,1 % en 2010 (graphique 2.10). Par rapport aux chiffres publiés dans l’Énoncé, les prévisions de croissance économique aux États-Unis émises par le secteur privé ont été abaissées de 1,4 point de pourcentage pour 2009, et elles demeurent inchangées pour 2010.
Puisque le niveau d’activité de la construction résidentielle est présentement très bas aux États-Unis, on prévoit que le stock de maisons invendues se stabilisera. Cependant, la récession actuelle et la hausse du chômage qui l’accompagne feront sans doute baisser davantage la demande et les prix des logements. À mesure que l’on écoulera les stocks invendus en 2009 et au premier semestre de 2010, les mises en chantier résidentielles et les prix des logements devraient se stabiliser. Cette stabilisation et la reprise future du marché du logement devraient également contribuer à un retour à la normale des conditions du crédit.
Il subsiste toutefois un niveau anormalement élevé d’incertitude à l’égard des perspectives. Même si on s’attend à ce que les nouvelles mesures de stimulation budgétaire, de pair avec celles prises pour améliorer le fonctionnement des marchés du crédit, commencent à agir sur la croissance économique au milieu de 2009, l’ampleur et le moment de la reprise demeurent incertains. D’autre part, le rythme de la reprise économique américaine dépendra aussi de l’ampleur du redressement du marché du logement et d’un rétablissement du bon fonctionnement des marchés du crédit. Cela devrait entraîner un regain des marchés boursiers et du niveau de confiance. Il s’agit du scénario qui sous-tend les prévisions du secteur privé, selon lesquelles les États-Unis connaîtront une croissance modérée en 2010.
Tout comme aux États-Unis, les perspectives économiques à l’échelle mondiale se sont détériorées depuis la publication de l’Énoncé. À ce moment-là, le Fonds monétaire international (FMI) s’attendait à ce que le taux de croissance du PIB mondial passe de 3,7 % en 2008 à seulement 2,2 % en 20091, ce qui est bien en deçà du rythme habituellement associé à une récession mondiale. Or, depuis, la situation économique mondiale a continué de s’affaiblir et les prévisionnistes du secteur privé estiment maintenant, en moyenne, que le taux de croissance économique mondiale reculera à environ 1 % en 2009 (graphique 2.11)2. Le récent assombrissement des perspectives mondiales découle principalement d’une révision à la baisse des perspectives des économies industrialisées, associée à la persistance de la crise financière mondiale. Par ailleurs, on prévoit que le ralentissement économique des marchés émergents sera plus prononcé que ne l’anticipaient les prévisions antérieures, en raison de la progression plus lente que prévu des dépenses d’immobilisations et des exportations.
Dans la zone euro, la production s’est contractée au deuxième et au troisième trimestres de 2008. Les données publiées récemment concluent à une faiblesse continue de l’activité puisque le marché du travail, les dépenses de consommation, l’investissement des entreprises et la production industrielle se sont tous détériorés plus que prévu. La Commission européenne a réagi en mettant de l’avant Un plan européen pour la relance économique, dans lequel elle recommande aux pays membres de mettre en œuvre des mesures de stimulation budgétaire de 200 milliards d’euros (environ 1,5 % du PIB) en vue de rétablir la confiance et de stimuler l’investissement et les dépenses. À l’appui de cette recommandation, plusieurs pays membres ont déjà annoncé leurs propres plans de stimulation économique. Par ailleurs, la Banque centrale européenne a considérablement assoupli sa politique monétaire. Alors que la croissance du PIB réel dans la zone euro s’établissait à 2,6 % en 2007, la moyenne des prévisions de l’enquête Blue Chip correspond à une croissance d’environ 1,0 % en 2008 suivie d’une contraction de 1,2 % en 2009.
Le Japon est également en récession, en raison de la faiblesse des dépenses de consommation et d’une diminution de l’investissement des entreprises et des exportations nettes. Les autorités japonaises ont abaissé les taux directeurs nationaux pour la première fois en sept ans et annoncé une série de mesures de stimulation afin de renforcer l’économie. Étant donné la baisse de la demande extérieure et intérieure, l’activité économique devrait rester anémique au cours des prochains trimestres. Selon les prévisions moyennes de l’enquête Blue Chip, la croissance du PIB réel du Japon devrait ralentir, passant de 2,4 % en 2007 à 0,4 % en 2008, pour ensuite se situer en terrain négatif (-1,4 %) en 2009.
La croissance des économies de marché émergentes a encore diminué avec la propagation de la crise financière. En Chine, la croissance d’une année sur l’autre a reculé à 6,8 % au quatrième trimestre de 2008. Cette baisse de régime tient principalement à un ralentissement de la croissance des exportations et de la formation du capital. Pour l’ensemble de l’année 2008, la croissance a ralenti pour s’établir à 9,0 %, alors qu’elle était de 13,0 % en 2007. L’enquête Blue Chip prévoit une ralentissement continu de la croissance en Chine jusqu’à 7,1 % en 2009, le rythme le plus faible de croissance de l’activité économique depuis 1990. Le gouvernement chinois a réagi en adoptant d’importantes mesures pour stimuler la demande, et il a annoncé la plus forte baisse des taux d’intérêt en 11 ans.
Dans l’ensemble, l’économie mondiale fait face à une période de volatilité et d’instabilité exceptionnellement élevées. En témoignent les prévisions de croissance pour 2009 de la totalité des grandes économies industrialisées et en développement, qui ont été révisées à la baisse de manière répétée et importante au cours des derniers mois (graphique 2.12).
Le repli de la demande aux États-Unis et à l’échelle mondiale, conjugué à la turbulence persistante des marchés financiers internationaux et à la diminution des prix des produits de base, pèse sur l’économie canadienne. Ces développements ont entraîné une baisse des exportations, un ralentissement de la croissance des revenus ainsi que des pressions à la hausse sur les coûts d’emprunt, et l’on prévoit que la combinaison de ces facteurs aura réduit la production pour le quatrième trimestre de 2008.
Au cours des trois premiers trimestres de 2008, les gains de production n’ont été que de 0,4 % en moyenne, traduisant en grande partie le recul continu des exportations de marchandises en réponse au ralentissement aux États-Unis et à l’impact décalé de la vigueur du dollar canadien. Cette situation a été compensée par la croissance continue, bien que moins forte, de la demande intérieure finale (la somme des dépenses des ménages, de l’État et des entreprises). Cependant, à compter du troisième trimestre de 2008, la progression de la demande intérieure finale a aussi fléchi davantage, alors que la croissance des dépenses des ménages et des entreprises poursuivait son ralentissement (graphique 2.13).
La croissance des dépenses personnelles de consommation au chapitre des biens et services a décéléré en 2008 après avoir connu une forte poussée en 2007, par suite du ralentissement de la progression du revenu réel. La croissance de la consommation a encore ralenti récemment, en raison d’une perte de confiance et d’une baisse des revenus de placements. Les conséquences de ces facteurs ont particulièrement été ressenties dans les ventes de véhicules automobiles neufs, qui sont tombées à leur plus bas niveau en plus de 10 ans en décembre dernier (graphique 2.14).
Après une période de progression rapide entre 2002 et 2007, l’investissement dans le logement au Canada a reculé au cours des trois premiers trimestres de 2008, alors que la construction de maisons neuves et la revente déclinaient (graphique 2.15). En décembre dernier, les mises en chantier sont tombées à leur plus bas niveau depuis sept ans tandis que les ventes de maisons existantes connaissaient une baisse marquée au quatrième trimestre. Ces déclins ont ramené les mises en chantier à leurs moyennes historiques par rapport aux niveaux inhabituellement élevés des six dernières années. À cela se sont ajoutées une progression plus lente des prix ainsi que des baisses de prix dans les régions où ceux-ci avaient augmenté de manière prononcée. La construction et les prix des logements connaîtront vraisemblablement un nouveau recul puisque la période actuelle de fragilité économique freine la progression des revenus et la demande de logements.
L’ajustement que connaît actuellement le marché canadien du logement est fondamentalement différent de la correction observée depuis 2006 aux États-Unis, puisque les conditions qui y ont engendré l’effondrement du marché du logement ne sont pas présentes au Canada. Plus particulièrement, l’expansion du marché canadien du logement n’a pas été alimentée par l’offre agressive de produits hypothécaires à haut risque qui a donné lieu à une croissance insoutenable de la demande et des prix aux États-Unis. Par conséquent, alors que les États-Unis sont aux prises avec une sérieuse correction du marché du logement qui compense les excès des dernières années, le marché canadien du logement connaît pour sa part un ralentissement cyclique des prix et de l’activité (graphique 2.16).
La croissance des investissements des entreprises a également ralenti en 2008 par suite du resserrement des conditions du crédit et de la détérioration des perspectives économiques. Plus particulièrement, les investissements dans les machines et le matériel ont baissé aux deuxième et troisième trimestres de 2008 dans la foulée d’un important recul de l’utilisation de la capacité ainsi que de la hausse du coût des machines et du matériel importés en raison de la dépréciation du dollar canadien (graphique 2.17).
Selon des données plus récentes, l’économie canadienne s’est encore affaiblie au quatrième trimestre. En raison du ralentissement de l’économie intérieure, les pertes d’emplois dans les secteurs axés sur les exportations ne sont plus compensées par des gains dans les industries à débouchés intérieurs. C’est ainsi que le marché du travail s’est affaibli de façon notable au cours des derniers mois. Au total, 105 000 emplois ont été perdus en novembre et en décembre, et le taux de chômage a augmenté à 6,6 % en décembre, son plus haut niveau en près de trois ans (graphique 2.18). Le marché du travail est plus touché dans certaines régions; c’est ainsi qu’en Ontario, le taux de chômage a grimpé au cours des derniers mois et se maintient au-dessus de la moyenne nationale depuis deux ans. L’affaiblissement du marché du travail et le récent déclin marqué des marchés boursiers ont amené une baisse de la confiance des consommateurs canadiens, qui a atteint ses niveaux les plus bas en plus de 10 ans. Ces facteurs se reflètent dans l’essoufflement des dépenses de consommation et de logement.
Cependant, dans l’ensemble, la situation économique du Canada demeure meilleure que celle de la plupart des grands pays industrialisés, notamment les États-Unis.
Cette situation est particulièrement manifeste lorsque l’on compare la performance du marché du travail dans les deux pays. Ainsi, depuis janvier 2008, soit le mois correspondant au début de la récession aux États-Unis selon le National Bureau of Economic Research, l’économie américaine a perdu plus de 2,5 millions d’emplois. Le Canada a fait beaucoup mieux jusqu’ici avec la création nette de 98 000 nouveaux emplois en 2008, malgré de nombreuses pertes d’emploi en novembre et décembre derniers (graphique 2.19). En date du troisième trimestre de 2008, le Canada demeurait le seul pays du G7 à avoir affiché une croissance positive du PIB réel au deuxième et au troisième trimestres.
Si les perspectives sont relativement plus encourageantes pour le Canada que pour les États-Unis, c’est en partie parce que le Canada n’a pas connu les mêmes excès au chapitre des dépenses et du crédit ces dernières années. C’est pourquoi la situation financière des ménages et des entreprises demeure solide, tant par rapport aux données historiques que par rapport à la situation aux États-Unis, où le surendettement et l’utilisation excessive de l’effet de levier ont donné lieu à un repli significatif.
La détérioration des conditions économiques mondiales a eu pour effet de faire chuter les prix des produits de base (graphique 2.20). Même si le recul a été généralisé, la chute des prix de l’énergie a été particulièrement forte : les cours du pétrole affichent la baisse la plus marquée, même si l’Organisation des pays exportateurs de pétrole a annoncé des baisses de production cumulatives de 4,2 millions de barils par jour par rapport au niveau de septembre. Le cours du brut est volatil depuis plusieurs mois, les prix à la fermeture des marchés ayant fluctué entre 31 $US et 49 $US le baril depuis le début de décembre dernier. Les contrats d’opération à terme semblent indiquer que le cours du brut atteindra en moyenne 50 $US le baril en 2009, ce qui est inférieur de près de 30 % aux niveaux anticipés par les prévisionnistes du secteur privé dans l’Énoncé économique et financier de novembre. Les contrats à terme pour le brut demeurent aussi extrêmement volatils.
La faiblesse des prix des produits de base a pour effet de réduire les revenus d’exportation du Canada et de susciter des pressions à la baisse sur le dollar canadien. Il en résulte une diminution du PIB nominal, l’indicateur le plus large de l’assiette fiscale au Canada, ce qui se traduira, en fin de compte, par des revenus fiscaux inférieurs aux prévisions. Cela engendrera également une détérioration du solde de la balance courante du pays, un accroissement de la dette extérieure nette et une érosion du pouvoir d’achat des Canadiens.
Dans ce contexte, la volatilité des prix des produits de base observée au cours des derniers mois a ajouté un important élément d’incertitude aux perspectives du PIB nominal et, par conséquent, au cadre de planification financière. À court terme, les perspectives des prix des produits de base demeurent exposées à un risque à la baisse, ce qui traduit l’incertitude à propos des conditions économiques mondiales et la dislocation persistante des marchés financiers. Les prévisionnistes du secteur privé s’attendent à ce que les prix des produits de base se rétablissent à moyen terme, compte tenu de la reprise attendue de la demande mondiale et des conditions serrées de l’offre. Cependant, la volatilité observée au cours de la dernière année et la forte incertitude qui prévaut à l’heure actuelle renforcent la nécessité d’établir des prévisions prudentes quant à l’évolution des prix des produits de base.
Chaque trimestre, le ministère des Finances consulte des prévisionnistes du secteur privé pour connaître leurs perspectives pour l’économie canadienne. Vu la détérioration rapide de la situation économique mondiale ces derniers mois, les prévisionnistes du secteur privé ont fréquemment revu leurs prévisions à la baisse. Les prévisions économiques présentées ici ont été mises à jour en date du 16 janvier 2009.
Les prévisionnistes du secteur privé s’attendent à ce que l’économie canadienne se contracte de 0,8 % en 2009 comparativement à une progression de 0,3 % prévue au moment de l’Énoncé économique et financier de novembre dernier (graphique 2.21 et tableau 2.1).
Les prévisionnistes du secteur privé considèrent que l’économie canadienne est entrée en récession au quatrième trimestre de 2008 (graphique 2.22). Ils prévoient que la récession durera trois trimestres, la plus forte contraction survenant au premier trimestre de 2009. La production devrait atteindre son niveau le plus bas au deuxième trimestre de 2009 avant de commencer à se rétablir. La récession devrait être moins grave que les deux précédentes observées au Canada, et beaucoup moins prononcée qu’aux États-Unis, où l’on s’attend à ce qu’elle soit l’une des plus profondes de l’après-guerre (graphique 2.23).
Les perspectives d’inflation du PIB en 2009 ont été ramenées à -0,4 % comparativement au niveau de 0,5 % indiqué dans l’Énoncé de 2008. Cela découle principalement de la révision à la baisse des perspectives concernant les prix des produits de base, en raison de la détérioration des perspectives de l’économie mondiale par rapport à ce qu’indiquait l’Énoncé. Les perspectives d’inflation du PIB en 2010 ont été révisées à la baisse à 1,7 %, comparativement au niveau de 1,8 % indiqué dans l’Énoncé de 2008.
Les niveaux plus faibles de croissance économique réelle et d’inflation du PIB ont eu pour effet de ramener les perspectives de croissance du PIB nominal du Canada à -1,2 % en 2009 comparativement à 0,8 % il y a à peine deux mois. Par conséquent, le PIB nominal, qui constitue l’indicateur le plus large de l’assiette fiscale des revenus du gouvernement, devrait être inférieur de 25 milliards de dollars en 2009 et de 30 milliards en 2010 à ce qui avait été prévu dans l’Énoncé.
À l’époque de l’Énoncé économique et financier, les prévisionnistes du secteur privé s’attendaient à ce que les taux d’intérêt à court terme s’établissent en moyenne à 1,9 % en 2009 et 2,7 % en 2010. Ces prévisions ont été ramenées à 0,8 % en 2009 et 1,7 % en 2010. Les perspectives des taux d’intérêt à long terme ont également été sensiblement revues à la baisse et s’établissent maintenant en moyenne à 2,8 % pour 2009 et 3,4 % pour 2010 comparativement à 3,7 % et 4,2 % respectivement au moment de la publication de l’Énoncé.
Le ralentissement de la croissance devrait se traduire par une augmentation du taux de chômage, qui passera à 7,5 % en 2009 et à 7,7 % en 2010, comparativement aux taux de 6,9 % en 2009 et 6,7 % en 2010 prévus dans l’Énoncé.
| 2008 | 2009 | 2010 | Moyenne 2011-2014 |
|
|---|---|---|---|---|
| (%, sauf indication contraire) | ||||
| Croissance du PIB réel | ||||
| Budget de février 2008 | 1,7 | 2,4 | 2,9 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 0,6 | 0,3 | 2,6 | 2,8 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 0,7 | -0,8 | 2,4 | 3,0 |
| Inflation du PIB | ||||
| Budget de février 2008 | 1,8 | 1,9 | 1,8 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 3,8 | 0,5 | 1,8 | 2,1 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 4,1 | -0,4 | 1,7 | 2,2 |
| Croissance du PIB nominal | ||||
| Budget de février 2008 | 3,5 | 4,3 | 4,7 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 4,4 | 0,8 | 4,4 | 5,0 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 4,8 | -1,2 | 4,2 | 5,2 |
| PIB nominal (G$) | ||||
| Budget de février 20081 | 1 590 | 1 659 | 1 738 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 1 603 | 1 615 | 1 687 | 1 914 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 1 609 | 1 590 | 1 657 | 1 893 |
| Taux des bons du Trésor à 3 mois | ||||
| Budget de février 2008 | 3,2 | 3,8 | 4,5 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 2,4 | 1,9 | 2,7 | 4,2 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 2,3 | 0,8 | 1,7 | 4,0 |
| Taux des obligations du
gouvernement du Canada à 10 ans |
||||
| Budget de février 2008 | 3,6 | 4,2 | 4,8 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 3,7 | 3,7 | 4,2 | 5,1 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 3,6 | 2,8 | 3,4 | 5,0 |
| Inflation de l’indice des prix à | ||||
| la consommation (IPC) | ||||
| Budget de février 2008 | 1,5 | 1,9 | 2,0 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 2,6 | 1,7 | 1,9 | 2,0 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 2,4 | 0,7 | 1,9 | 2,0 |
| Cours du pétrole brut ($US le baril) | ||||
| Budget de février 2008 | 82,1 | 79,8 | 82,3 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 102,5 | 72,0 | 79,0 | 89,7 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 99,9 | 50,2 | 63,8 | 82,9 |
| Taux de change (cents US/$CAN) | ||||
| Budget de février 2008 | 98,0 | 95,5 | 95,5 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 94,9 | 85,6 | 88,7 | 96,0 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 94,1 | 81,2 | 85,5 | 94,4 |
| Taux de chômage | ||||
| Budget de février 2008 | 6,3 | 6,4 | 6,2 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 6,1 | 6,9 | 6,7 | 6,2 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 6,1 | 7,5 | 7,7 | 6,4 |
| Croissance du PIB réel aux États-Unis | ||||
| Budget de février 2008 | 1,5 | 2,4 | 3,0 | s.o. |
| Énoncé de novembre 2008 | 1,4 | -0,4 | 2,1 | 2,9 |
| Prévision du secteur privé de janvier 2009 | 1,2 | -1,8 | 2,1 | 3,1 |
| 1 Le PIB nominal a
été ajusté en fonction des révisions apportées en mai 2008
aux Comptes nationaux des revenus et dépenses du Canada. Source : Enquête du ministère des Finances auprès des prévisionnistes du secteur privé |
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Une large part d’incertitude entoure toujours les perspectives de l’économie mondiale, qui pourraient se détériorer encore.
Le principal risque qui pèse sur l’économie mondiale est que les perturbations actuelles des marchés financiers durent plus longtemps que prévu, ce qui prolongerait la période pendant laquelle l’accès au crédit serait réduit et les coûts d’emprunt seraient plus élevés pour les entreprises et les consommateurs. Si une telle situation se matérialise, les dépenses globales de consommation et les investissements des entreprises seraient encore plus faibles qu’on le prévoit à l’heure actuelle.
Pour le Canada, au risque qui pèse sur l’économie mondiale s’ajoute celui découlant de la faiblesse et de la volatilité des prix des produits de base. Par conséquent, il existe une incertitude considérable quant à l’impact que les prix des produits de base auront sur la croissance du revenu nominal au Canada. Dans l’ensemble, les perspectives au sujet des prix des produits de base comportent un important risque à la baisse par rapport à la moyenne des prévisions du secteur privé pour le PIB nominal figurant dans le tableau 2.1. Le PIB nominal est la mesure la plus large de l’assiette fiscale. Par conséquent, lorsque cet indicateur baisse, il en résulte une baisse du niveau projeté des revenus budgétaires, tel que décrit au chapitre 4. Ces risques à la baisse sont plus marqués pour 2009 et 2010.
Compte tenu de ces risques, le gouvernement a jugé qu’il était approprié de réviser à la baisse, dans son hypothèse de planification budgétaire, la prévision moyenne du secteur privé pour le PIB nominal.
Par suite de ce rajustement, l’hypothèse de planification économique du budget de 2009 se rapproche maintenant de la limite inférieure de toutes les prévisions du secteur privé au sujet de la croissance de cet indicateur (graphique 2.24).
Par conséquent, l’hypothèse de planification budgétaire prévoit une contraction de 2,7 % du niveau du PIB nominal en 2009 (tableau 2.2). L’hypothèse de planification budgétaire est donc inférieure d’environ 30 milliards de dollars aux prévisions du secteur privé pour 2009 et 2010. À compter de 2011, l’écart par rapport aux prévisions du secteur privé pour le PIB nominal commence à se résorber et il devient nul en 2014, les risques par rapport aux prévisions du secteur privé étant alors plus équilibrés. Le gouvernement continuera d’évaluer les changements et les risques touchant la situation économique afin de déterminer s’il convient de maintenir cet ajustement pour le risque dans les prochains budgets et mises à jour économiques et financières.
| 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | 2014 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Croissance du PIB nominal (%) | |||||||
| Prévisions du secteur privé de janvier 2009 |
4,8 | -1,2 | 4,2 | 5,7 | 5,5 | 5,0 | 4,7 |
| Hypothèse de planification budgétaire du budget de 2009 |
4,4 | -2,7 | 4,3 | 6,4 | 6,1 | 5,3 | 5,0 |
| Niveau du PIB nominal (G$) | |||||||
| Prévisions du secteur privé de janvier 2009 |
1 609 | 1 590 | 1 657 | 1 751 | 1 848 | 1 940 | 2 031 |
| Hypothèse de planification budgétaire du budget de 2009 |
1 604 | 1 560 | 1 627 | 1 731 | 1 838 | 1 935 | 2 031 |
| Ajustement pour le risque | -5 | -30 | -30 | -20 | -10 | -5 | 0 |
1 Le FMI exprime la croissance du PIB réel mondial selon la parité des pouvoirs d’achat (PPA) et également aux taux de change du marché. Dans la publication Perspectives de l’économie mondiale – Mise à jour de novembre 2008, le FMI prévoyait que la croissance du PIB réel mondial, aux taux de change du marché, passerait de 2,6 % en 2008 à 1,1 % en 2009.
2 Estimations du ministère des Finances fondées sur les prévisions du secteur privé (Consensus Forecasts et Blue Chip Economic Indicators) et la pondération implicite de la PPA du FMI (estimations pour 2007 dans le cas du PIB).